Le challenge du Lancashire

Par Monsieur SCOTT John C.

John SCOTT nous décrit l'histoire chaotique du Lancashire et du challenge à relever par les amateurs de cette belle vieille race.

Le Lancashire huppé existe en Grande-Bretagne depuis la moitié du 18éme siècle. La  huppe est toujours apparue circulaire. Nous ne connaissons pas d'autres détails sur l'apparition de cette mutation ni les moyens utilisés par les éleveurs de l'époque pour développer cette fantaisie.

Au premier show national de 1857 à Nottingham, les quelques canaris enregistrés étaient des Bossus Belges, des Lizards et des London Fancy. Le Bossu Belge a été perfectionné par des clubs dans son pays d'origine. De même, le Lizard et le London ont été reconnus, en tant qu'oiseaux d'exposition, pour un certain nombre d'années et ont été promus par des clubs spécialisés de la région de la capitale : Londres.

C'est étrange que les canaris huppés soient absents à Nottingham,  parce que seulement deux ans plus tard, à Crystal Palace, en plus des trois variétés citées plus haut, quelques huppés apparaissent. Ils sont décrits comme  possédant une touffe de
plumes sur la tête.
Cependant, être capable d'exposer une variété d'oiseaux suppose que des standards représentatifs ont été établis. Cela étant, il est raisonnable de penser qu'il y a eu des éleveurs qui essayaient d'atteindre ces standards pendant et un peu avant 1850.

En ce temps-là, le Norwich faisait partie des canaris de taille moyenne, primé plus souvent pour la qualité de plumage et de couleur que pour le type. Il y avaient deux types : le « tête lisse » et le « huppé ».
Mais il apparaît qu'un autre type de canari huppé, de plus grande taille, existait également depuis un certain temps. C'est le Lancashire qui est repris dans l'ouvrage de 1876: The Book of Canaries and Cage Birds écrit par W. A. BLAKSTON.
L’auteur parle de la situation principale de l'élevage qui  se trouvait dans la ville de Manchester ainsi que dans ses faubourgs. Dans cette région, ce canari y est exposé depuis environ une quarantaine d'années.

La description qui suit, de BLAKSTON, donne les variétés pour mettre en valeur tous les plumages que les éleveurs modernes essayent d'améliorer. En face de cet oiseau - le Lancashire - , on reconnaît le géant de la famille, doté d'une forte tête, bien pleine, d’une grande huppe, des épaules peu développées. La longueur, des proportions massives, montrant une impression de puissance, une position fière et droite, qui sont les traits caractéristiques de cet oiseau.

BLAKSTON établit que la huppe diffère, en grandeur et en forme, par rapport aux Crests. C'est ainsi que sur le devant de la huppe, les plumes viennent d'un point central vers le front de l'oiseau et derrière, la huppe se confond avec le plumage de la tête et de la nuque. En fait, on se trouve devant une huppe en demi-cercle.
D'ailleurs, les amateurs parlent, plus précisément, de la forme en fer à cheval. Cette différence est la vraie caractéristique du Lancashire huppé, (« Coppy » en anglais).

En 1860, le Lancashire était bien placé pour devenir populaire parmi les amateurs de canaris, mais il n'en a rien été. La coloration, par la nourriture, en a été certainement la cause. Aux alentours de 1873, l’utilisation de poivron rouge donnait une teinte orange à ces oiseaux. 
C'est à cette époque que survient le besoin, pour les éleveurs de Norwichs, de profiter de cet oiseau grand et fort pour améliorer leurs souches de canaris. La taille, la texture du plumage, et de plus larges têtes, vont apporter aux Norwichs ce qu'il leur manque.  En ce qui concerne les éleveurs de Crest, ceux-ci vont se jeter littéralement sur les Lancashires huppés pour améliorer leurs sujets. On parlera alors de « Crest-mania » et cette dernière dura un peu plus de trente années.

Les meilleurs huppés des souches de Lancashires partaient ainsi n'importe où, et ce fut catastrophique pour la race. Les « plainhead » (ou non huppés) étaient achetés par une autre catégorie d'éleveurs pour créer ce qu'on allait appeler le Yorkshire.

Finalement, le Lancashire devint une variété minoritaire dans le monde du canari.  Son sort était lié à celui du Lizard jusqu'à la seconde guerre mondiale, puisque le club qui existait alors s'occupait des deux races.
Le dernier rapport connu mentionne que, en 1938, à une exposition de Manchester CBS, un Lancashire huppé gagnant, grâce à sa prestance, une grande huppe en forme de fer à cheval, une excellente longueur et un splendide plumage. En plainhead, l'oiseau possédait un plumage intensif et une splendide tête.

A la fin de la guerre, l'association Lizard-Lancashire a disparu. Si le club de Lizard est rapidement reformé, il n'en est rien en ce qui concerne le Lancashire.  Occasionnellement, on voit apparaître quelques exemplaires au National dans les variétés diverses. Mais il faut attendre les années soixante pour que le bien connu Terry DODWELL relève le challenge.
En fait, cette décision coïncide avec la création de l'Old Varieties Canary Association qui, comme son nom l'indique, va s'occuper de relancer l'intérêt pour les anciennes races.
En croisant de grands Yorkshires, bien emplumés avec des canaris Crested, et en pratiquant une sévère sélection, le vieux Lancashire allait renaître après 4 à 5 générations.
Le plus difficile à obtenir reste cette curieuse huppe en forme de fer à cheval.

Les Lancashires à exposer ont toujours été élevés en intensif et en schimmel dans la couleur jaune. La huppe peut être grizzle (parsemée de plumettes noires) ou être complètement grise.

John C. SCOTT
Extrait de « Cage & Aviary Birds »

Recherche de documentation: Ken GAZZARD
Traduction et arrangements : Roger SMITZ