La coloration artificielle

Auteur inconnu

L'art de colorer artificiellement les oiseaux et, d'une façon plus générale, l'art de maquiller et même de fabriquer des animaux nouveaux, est connu depuis très longtemps.

Nous avons l'exemple des fameuses sirènes, mi-femmes, mi-­poissons que d'habiles chinois fabriquaient jadis, en réunissant de façon parfaite un thorax de singe au corps d'un poisson. On maquille également les insectes et des collectionneurs de papillons, qui recherchent des sujets anormaux comme les hermaphrodites, ont parfois eu la désagréable surprise de voir l'aile rapportée se détacher du corps de l'insecte placé dans un ramollissoir.

En Amérique du sud, les indigènes de la Guyane et de l'Amazonie connaissent de longue date, plusieurs procédés pour créer une coloration artificielle des plumes. Les oiseaux, souvent de grandes perruches, dont ils ont transformé le plumage à leur gré, se vendent plus cher que les oiseaux naturels. L'opération se fait souvent au détriment de la santé du sujet.

Les plumes qui doivent changer de couleur, sont arrachées et les petites blessures ainsi produites, sont remplies d'une sécrétion laiteuse extraite de la peau de certaines grenouilles très colorées, notamment, la petite grenouille arboricole Dendrobates Tinctorius. Après l'opération, les plumes ne repoussent plus avec leur couleur naturelle verte, elles sont devenues d'un jaune brillant ou fortement orangée
Parfois, c'est un jeune oiseau pris au nid qui sert de sujet. On lui arrache le duvet et certaines parties de la peau, et on lui applique sur les parties dénudées une forte proportion de sang provenant de ces mêmes grenouilles. Dans d'autres régions, on recouvre la chair mise à nu d'une sorte de vernis extrait de fruits qui, dans l'industrie, fournissent des matières colorantes.
Ces derniers procédés sont, comme on le voit, assez délicats et ne réussissent pas toujours, mais les sujets qui résistent acquièrent un plumage assez curieux. Tous ses oiseaux ainsi transformés portent le nom « d'oiseaux tapirés ».

Le tapirage se pratique aussi au Mexique sur les beaux Cardinaux rouges, certaines parties du plumage sont remplacées par des plumes de couleur jaune. Mr DELACOUR a possédé à Clères, plusieurs de ces oiseaux, l'un, en particulier, avait la tête et le cou jaune or, tout en conservant sa bavette noire. C'était vraiment un très beau sujet.
On pouvait penser à une aberration, c'est-à-dire à un commencement de lutéisme mais l'un de ces Cardinaux avait déjà repris à la mue son plumage entièrement rouge.
Il paraît qu'autrefois les Cardinaux rouges présentant ces taches jaunes étaient assez communs dans les envois d'oiseaux, puisqu’en 1889-1890, une maison allemande en reçut une cinquantaine.

Les procédés employés aujourd'hui pour colorer les oiseaux sont tout à fait différents. Ils sont basés sur l'utilisation de certaines nourritures, qu'il s'agit de savoir choisir et distribuer. Nous n'ignorons pas l'influence que des changements dans les qualités et les quantités des aliments donnés aux oiseaux peuvent avoir sur leurs corps.
Les exemples sont nombreux. Ainsi on a remarqué depuis longtemps que le maïs donné aux poules blanches pendant la mue leur fait prendre une teinte jaunâtre.
Pendant la guerre, des poules rationnées en graines pondaient des œufs dont le jaune avait pris une couleur verdâtre, du fait qu'elles mangeaient beaucoup d'herbes.
La saveur de la chair et des œufs  est également influencée par la nature des produits consommés par les pondeuses.

Autrefois, certains petits granivores captifs, nourris principalement de graines de chènevis, prenaient progressivement des teintes sombres. Des Bouvreuils, par exemple, en perdaient leur beauté.
Les couleurs les plus atteintes sont en effet les rouges et les roses, et c'est pourquoi nous voyons s'atténuer l'éclat des Linots, des Sizerins, des Roselins et de certains exotiques, Papes, Cardinaux, etc...
En captivité, les oiseaux ne retrouvent pas toujours les aliments qui sont nécessaires, non seulement à leur vie journalière, mais aussi à l'entretien de leur plumage.

Ces aliments qu'ils savent choisir dans la nature parmi les plantes et en capturant certains insectes, contiennent également des matières colorantes. Ainsi, les Flamants captifs perdent graduellement leurs belles couleurs rouges, mais ils les retrouvent si on leur donne accès à une pièce d'eau riche en petits crustacés.

Pour réagir contre cet affaiblissement des couleurs, on a cherché à mettre au point une alimentation contenant tous les principes nécessaires à la vie normale de l'oiseau captif. Ces dernières années, des nourritures plus étudiées ont été composées, elles permettent aujourd'hui de tenir en parfaite santé, et sans que leur beauté en souffre, les sujets les plus délicats.

Pour conserver et même accentuer les belles teintes rouge naturelle des oiseaux, on donne avec succès de la tomate, de la betterave et de la carotte.
La teinte jaune des plumages s'intensifie avec les pétales du souci jaune foncé et des capucines rouges. Les captifs apprécient bien vite ces aliments coupés en petits morceaux.

Les amateurs anglais ont été les premiers à se passionner pour la coloration artificielle, ils n'ont pas cessé d'en améliorer les procédés et à l'heure actuelle, c'est toujours en Angleterre que l'on trouve le plus grand nombre d'oiseaux ainsi transformés, et également les plus beaux.

Les matières colorantes entrant dans la composition des ces nourritures sont nombreuses et elles proviennent en grande partie du règne végétal.

 

Auteur inconnu

Extrait de la revue : « Le Rossignol Mosan »