La pratique de l'élevage consanguin

Par Monsieur SCHIFFLERS Joseph, éleveur et juge international de canaris Norwich

L'élevage consanguin a toujours maintenu chez moi une étrange fasci­nation car il doit, pour chaque amateur, l'amener à produire un stock de qualité qui s'élève « au dessus de la surface » et qui n'est pas, comme plusieurs le disent, simplement un système d'accouplement d'oiseaux d'une même famille. L'élevage en lignée est bien plus que cela.

Accoupler en relations rapprochées demande un peu d'intelligence mais un système propre à l'élevage consanguin impliquera des pouvoirs intellectuels pour leur pleine étendue. Un amateur américain bien connu prétend que l'élevage consanguin est un système pour garder « le sang » d'un individu dans le possible de descendants et demande l'accouplement de mère avec fils.

Mon idée est similaire. L'élevage en lignée assure que tous les oiseaux d'un élevage son en relation, peut-être pas en relation fermée mais du même sang. Il est pratiqué pour assurer une uniformité car, par de constantes et soigneuses sélections des sujets, il est possible d'imprimer dans une souche les qualités demandées par les juges et les exposants.

L'élevage est une science pour laquelle j'ai consacré un temps considérable. Si le lecteur veut arriver à devenir un éleveur performant il doit pratiquer l'élevage consanguin.

Pourtant, pas mal d'amateurs s'en tirent en se basant sur le hasard et rencontrent un certain nombre de succès lorsque la chance est avec eux. Mais si vous les questionnez sur le pedigree d'un oiseau, ils ne peuvent pas vous répondre car ils ne tiennent pas de carnet d'élevage. Ils peuvent se rappeler des accouplements, aidés par une bonne mémoire, mais ne peuvent vous donner d'autres informations. Leur succès est de courte durée. En peu de temps ils chutent et ne peuvent plus élever un bon spécimen. Pourquoi? Parce qu'ils ont élevé en se basant sur la chance plutôt qu'en se basant sur une pratique scientifique.

Il est à remarquer que beaucoup d'amateurs sont opposés à l'élevage consanguin.  Mais si vous leur demandez pourquoi, ils ne peuvent pas vous donner de raisons valables. Ils sont guidés par des croyances établies sur la famille et parce que les autres amateurs leur disent.
Beaucoup d'éleveurs réputés de chiens, de poules, de chats et autre petites variétés, ont pratiqué l’art de l'élevage consan­guin depuis longtemps.

Les éleveurs qui croient en cet élevage, le pratique et ne sont pas effrayés de proclamer leurs croyances. Il y en a d’autres qui maintiennent qu'ils sont opposés à cet élevage, mais généralement, je pense que leur opposition est due à l'ignorance., ils ne comprennent pas les principes employés pour arriver au succès.

La pratique de l'élevage consanguin n'est pas nouvelle, et heureusement les résultats bénéfiques qu'il a apporté, a dépassé les sources de controverses du passé.
Dans le passé, les autorités étaient contre l'élevage consanguin, aujourd'hui, beaucoup sont en faveur de son emploi dans l'élevage du canari, mais insistent fortement sur la nécessité d'une sélection rigoureuse.

J'ai toujours été d’accord avec cette théorie. Il était connu que des accouplements proches en parenté ne créent pas de sujets en mauvaise santé, mais mettent en lumière des défauts cachés. En d'autres mots, lorsque la fondation de la lignée est saine, la famille prospérera dans un élevage consanguin. L'inverse est vrai pour les défauts et les faiblesses que la famille porte.

Lorsque l'élevage basé sur l'hérédité est dirigé correctement, un lot de défauts apparaît au grand jour dans les premières générations tels que : perte de taille, manque de vigueur, stérilité partielle ou totale, et sensibilité à la maladie. Pourtant, si on persévère et que l’on sépare le froment de la paille, on arrive finalement à une stabilité et on aura des canaris de caractère uniforme et exempts de défauts.

L'élevage consanguin n'est pas nécessairement dommageable, cependant, il crée souvent des problèmes lorsqu'un amateur ne travaille pas dans la bonne voie. Par exemple, un oiseau peut être porteur de faibles­ses cachées qui s'inscriront dans la famille, malgré qu'il apparaisse en bonne santé.
Si deux membres de cette famille sont accouplés, la progéniture héritera de plus de défauts parce qu'ils auront été concentrés par le mélange des sangs de deux spécimens malades. Une telle progéniture aura des muscles faibles, un manque de tonus au niveau de la respiration et une vue moins bonne que le couple original.
Si des jeunes en sont issus, les faiblesses seront plus intensifiées, ils finiront par perdre totalement leur force musculaire, auront de l'asthme et autres maladies respiratoires et éventuellement seront aveugles.

Cette manière de faire suivie à l'extrême résultera en des sujets qui seront sans valeur.  C'est pourquoi l'élevage tout venant est découragé et pourquoi la raison médicale s'y oppose.

 

SCHIFFLERS Joseph