Conférence du dimanche 06 avril 2008

Par Monsieur Etienne Jules, membre du club et éleveur renommé de canaris Lizard

Questions abordées Une série des questions avait été établie lors de la précédente réunion du comité, questions qui ont été posées lors de la conférence de notre ami Jules et auxquelles il à répondu avec toute la rigueur que nous lui connaissons.

  1. Etre Champion du Monde est un sommet, comment peut-on y arriver ? Même si ce n'est pas d'aujourd'hui que les médailles sont présentes, nous avons l'impression que l'élevage de notre ami est passé à la vitesse supérieure ...
  1. Les débuts n'ont pas été faciles ... Pouvez-vous nous les raconter? STAESSEN, les premiers Lizards, la première année d'élevage pas facile ...
  1. Olivier CLAES semble avoir eu des Lizards avant notre ami, quid ? Notre ami devrait être présent en début réunion…
  1. Les amateurs de Norwich, de Borders, de Glosters, de Yorkshires ont imposé leur cage britannique ... et pourquoi pas le Lizard ? Qu'en pense Jules ?
  1. Que pensez-vous des traitements préventifs à l'élevage ?
  1. M. VAN DER MAELEN nous a présenté une autre façon d'alimenter nos canaris - sans entrer dans les détails mais le millet plat tous les jours et les autres graines en friandises comme les Britanniques, qu'en pense notre ami ?
  1. Le chauffage de nos oiseaux coûte de plus en plus cher... qu'utilisez-vous comme système ?
  1. L'ami Jules connaît très bien le monde des indigènes dont l’élevage est encore plus ardu, quelles sont les leçons à retenir de ce domaine ?
  1. Le problème du picage est encore plus grave avec les Lizards que pour les autres canaris, est-il possible de nous parler des solutions apportées pour éviter ces problèmes ?
  1. Il est dit qu'un Lizard fait partie des oiseaux qui engraissent vite ... Est-ce vrai ? Quelles sont les précautions ?
  1. Exposer en Belgique, en Allemagne, en Grande-Bretagne… quelles sont les grandes différences et les leçons à retenir ? Et la fameuse quarantaine ?
  1. Nous avons organisé l'année dernière le rendez-vous des Bernois, que penserait Jules de la même chose pour le Lizard ? Est-ce que des amateurs répondraient ?

________________________________________________________

Un peu moins de monde que d’habitude, nos éleveurs étant surchargés de jeunes à nourrir !

Contrairement au standard de beaucoup trop de races qui changent continuellement et que certains éleveurs appellent avec hypocrisie une « évolution », le Lizard, lui, ne change pas ! Et pourtant, le nombre d’éleveurs de ce magnifique oiseau reste en stagnation.
Cependant, notre ami Jules précise qu’il a rencontré beaucoup plus d’éleveurs néerlandophones que les autres années. Espérons…

Mais nous commençons par notre ami Olivier CLAES qui avait déjà des Lizards avant Jules. Le premier éleveur que l’ami Olivier, se souvienne est le célèbre JAMOULLE qui, rappelons l’anecdote, habitait sur la route de Bruxelles dans un établissement où on vous demandait : « Vous venez pour les femmes ou pour les oiseaux ? »
Les premiers Lizards d’Olivier viennent tout simplement du célèbre établissement Orni-Mondo, ils étaient rapportés d’Angleterre par Monsieur TIELENS (père). Un deuxième couple viendra en 1970 sans bague (ou une plastique ?). Mais ils étaient colorés !
Plus tard, des échanges auront lieu avec Monsieur Edgar LOISEAU. Malheureusement, en ce temps-là, nous avions des spécimens avec des taches blanches.
Ensuite, Olivier rencontre Monsieur N. CHRISTIAENS, un membre de la F.O.W. qui exposait dans beaucoup d’endroits dont notre club.

Pour Olivier, il est clair qu’il a été très tôt un amoureux du Lizard ! Car il faut être amoureux de sa race pour réussir… Pour notre ami, c’est le plus beau des oiseaux.

 

En ce qui concerne Jules, ses premiers Lizards viennent de Monsieur Joseph STAESSEN en 1977, cet éleveur de Val-Meer qui est à l’origine de nombreux élevages de la région liégeoise. Il semble que ces Lizards provenaient de la souche de l’excellent éleveur Marcel JANSSENS.
Ces Lizards étaient colorés par un système spécial : le produit colorant était placé sur les graines germées !
La première année ainsi que la seconde : pas de jeunes ! En même temps, Jules avait eu l’idée de croiser serin cini x Lizard pour obtenir des métis avec une calotte. Mais il n’a jamais rien obtenu…

M. ETIENNE a exposé ses premiers Lizards à la salle des Tilleuls et obtenu des 88 points. Il était barré par Edgar LOISEAU, le meilleur éleveur en ce temps-là.

En 1985, suggéré et largement aidé par son ami Jos GERRITS qu’il connaît depuis l’âge de 16 ans ! notre ami se rend en Grande-Bretagne. Il faut dire que Jos est diablement débrouillard : pas besoin de GPS et de traducteur, on a tout dans un seul homme en plus d’une immense amitié !
Malgré un mauvais voyage en mer, Jules obtient d’un amateur, un mâle exposé et une femelle dans la classe de vente. L’amateur gagnant lui propose 5 mâles et 1 femelle, il accepte. Avec les années, il s’est rendu compte que c’était un mauvais calcul. En ce temps-là, on disait : « va chercher de bons mâles et place-les sur tes femelles ! Mais on perd beaucoup de temps avec ce système avec comme conséquence, une forte stagnation dans l’élevage.

En 1997, il retourne chez le même amateur et obtient de bons oiseaux. Il va également chez un éleveur néerlandais qui lui vend 1 mâle et 2 femelles à ne pas discuter sur le choix… pas vraiment terribles et qui, en plus, donneront des jeunes avec un défaut bizarre : une tache, une espèce de panachage fautif entre les pattes.

Toutefois, il faut revenir un moment à 1995 lorsque le juge anglais Tish HARNETT est venu juger les Lizards. Ce juge britannique n’y est pas allé par quatre chemins pour coter sévèrement les oiseaux exposés. Il donnait un avis circonstancié sur les Lizards présentés.       
Rappel des remarques de Monsieur Tish HARNETT :

  1. La taille est bonne ;
  2. Les juges et les éleveurs belges ne prêtent pas assez attention au dos (25 pts) de leurs oiseaux. Ils regardent beaucoup trop au casque (10 pts). Or, c’est mathématique, si le dos est plus large,  les dessins ont assez de place pour montrer toute leur beauté et leurs qualités ;
  3. Les Lizards belges ont un dos beaucoup trop étriqué ;
  4. Un oiseau aussi étroit ne peut être que le fruit d’accouplements intensif x intensif ;
  5. Trop de sujets nerveux et instables sont exposés.

Quelque peu malmené par ces remarques, Jules et d’autres amateurs de Lizards allaient pourtant réfléchir en profondeur et revoir leurs idées sur le standard. Cette prise de conscience allait déboucher sur une qualité de Lizards pratiquement irréprochable !

Deux remarques surtout allaient faire réfléchir notre ami :

  1. Jules allait s’apercevoir et comprendre que ce n’est pas tout à fait l’accouplement intensif x intensif qui est en cause mais plus exactement le plumage court x plumage court qui est en cause et qu’il faut éviter dorénavant ; l’éleveur belge est trop préoccupé par la longueur du plumage doit arrêter le « court x court » ;
  2. Jules, à cette époque, n’a pas que les oiseaux à s’occuper, il est présent dans d’autres activités comme le tennis de table, la marche, etc. Les oiseaux ne vont en cage que quinze jours avant l’exposition, ce n’est pas l’idéal ! Il va donc remettre de l’ordre dans ses occupations.

Une autre vérité allait percer : pratiquer une certaine consanguinité est salutaire pour obtenir des champions. Mais, jamais trop la serrer, des demi-frères, des demi-sœurs, grand-père et petite-fille, petit-fils et grand-mère, cousins cousines, c’est grandement suffisant, jamais père x fille, fils x mère et frère x sœur !

Il faut beaucoup travailler les oiseaux pour arriver à des résultats, il faut leur consacrer énormément de temps.
Son ami Marcel BRONCKART allait confirmer toutes ces affirmations.

Et pourquoi pas un club spécialisé de Lizards ?
En fait, un amateur de la région de Beveren a déjà essayé mais devant la volée de bois vert du BPC, le bonhomme s’est découragé. Car là est le problème, vous avez une fédération, vient se greffer un BPC spécialisé dans tous les races de canaris de posture mais il y aussi les gens qui veulent se retrouver entre amateurs d’une même race ! Cela fait encombrement ! En Grande-Bretagne, pas de problèmes, les clubs spécialisés d’une race font la loi mais chez nous, c’est souvent mal vu. Et c’est dommage car les expositions d’une seule journée sont un « must ».
Au moins, voilà des épreuves qui sont moins bien fatigantes pour les oiseaux comme pour l’éleveur et cela revient moins cher aux clubs.

La cage anglaise a été montrée ici à LIEGE en démonstration, Ken GAZZARD en avait confectionné quelques-unes. Jules nous affirme que le Lizard, surtout lorsqu’il est coloré, est tout à son avantage sur un fond bleu. Les perchoirs sont plus bas que sur la cage AOB-COM ce qui permet de mieux montrer les dessins du dos. Ouvrir plus largement le toit, comme aux Pays-Bas et surtout en Allemagne, ce n’est pas tout à fait la solution car l’oiseau « monte » directement s’accrocher ! Le Lizard doit avoir une grande habitude d’une telle cage.
Mais comment appliquer cette cage en l’absence de club spécialisé ? Les cages Norwich, Yorkshire et Gloster ont été imposées par la masse des exposants qui les soumises à leur fédération. Avec le Lizard, comment imposer une cage s’il n’y a pas d’amateurs demandeurs ?

Notre ami a tâté les expositions à l’étranger car en Belgique, vous finissez rapidement à retomber avec les mêmes exposants et les mêmes juges. Ce n’est plus amusant.

La première fois, en 2003, c’était à Zutphen aux Pays-Bas avec un bon résultat. En 2004, en Allemagne, chez Hugenberg (le marchand de graines) à Neuss : 238 Lizards ! En 2005, c’était la grippe aviaire. Jules et son ami Jos se sont tout de même rendus en Grande-Bretagne. L’exposition Lizard était annulée tandis que l’exposition Yorkshire était autorisée dans le Comté voisin !

En 2006, il y avait des problèmes de famille chez Hugenberg et l’exposition avait lieu à une autre adresse et ce fut « The Best » !  Malheureusement, Jules s’aperçut qu’un oiseau lui avait été volé !

En 2007, Jules débarque à nouveau en Grande-Bretagne. Les Britanniques, contrairement aux Allemands, Néerlandais et aux Belges, colorent absolument leurs Lizards. Et là-bas, ce fut 2 oiseaux 1er de série et 1 oiseau 4ème de série et chose incroyable que Jules considère, à juste titre, comme exceptionnel : l’amateur anglais chez qui il avait obtenu des spécimens par le passé, lui commande un mâle !

Quelques renseignements généraux : un Lizard ne se colore pas au nid mais plus tard.
Si un mâle ou une femelle ne fait rien en élevage, il faut toujours attendre une seconde année.
Un mâle argenté sera toujours désavantagé par une femelle qui présente un meilleur dessin. D’ailleurs, dans les « Special Lizard », les mâles et les femelles sont séparés.

Malgré le risque de picage qui est fatidique au plumage du Lizard (il repousse avec un bord clair), Jules n’utilise pas la cage baby mais par contre, le jeune est rapidement séparé de la femelle et c’est le mâle qui s’en occupe.

En ce qui concerne les pattes noires, le bec noir et les dessins bien marqués, il faut du soleil ! Donc, les jeunes Lizards vont dehors en volière. Et comme il ne faut pas de picage, Jules a monté des systèmes à perches individuelles (souvent appelé système Paquot dans la région liégeoise) – les exemples sont montrés à la salle.
Des branches de l’arbuste polygonum albertii pour les rendre plus noirs sont distribuées. Sur le marché, il existe de la poudre. Il y a aussi de la tourbe noire qui est utilisée par des éleveurs de porcs. On parle aussi de poudre à partir de la fleur du polygonum, des essais sont en cours.

En Grande-Bretagne, les jeunes sevrés passent directement en cages individuelles. Rappelons que chez nos voisins d’Outre Manche, on n’attache pas autant d’importance à la noirceur des pattes et du bec. Les Britanniques nous rappellent à chaque occasion qu’il n’y a que 5 points pour ce poste contre 25 points pour le dos !

Il est exact que le Lizard est solide et est un bon éleveur, toutefois, Jules pense qu’il faut être toujours attentif aux intestins de l’oiseau.

Jules regrette que peu de juges soient capables de juger correctement le Lizard.

A son domicile, pas de chauffage pour les oiseaux mais le bâtiment est très bien isolé ce qui permet de ne pas descendre en dessous de 3 ou 4° lorsque le gel est présent.

La meilleure expérience que Jules retient de son expérience dans les espèces indigènes est sa préférence pour une belle femelle pour l’héritage de la forme. Avec les Bouvreuils, c’est ce qui était pratiqué avec efficacité.

En préventif, pour l’élevage, parfois de l’ESB3 est donné et d’autres saisons, rien du tout… ! Jules n’a jamais remarqué de différence dans l’élevage.

Cette année, suite à la conférence de Monsieur Karl FAUCONNIER, Jules a opté pour les huiles essentielles. C’est l’avenir qui nous apprendra si le choix est bon !