Conférence du

Par le Mr VANDEGAER Théo, juge A.O.B. & C.O.M.

Introduction Notre ami Henri HENRARD nous avait renseigné avec chaleur Monsieur VAN de GAER pour l’excellente conférence qu’il avait donnée chez nos voisins et amis du Club Ansois de Canaris de couleurs.
Le moins que l’on puisse dire est que nous n’avons pas été déçus ! Les absents ont eu bien tort ! Ils ont raté une splendide mise au point qui ne fait que renforcer les théories du distingué Karl FAUCONNIER et du célèbre Docteur VORSTERMANS. Certains éleveurs « vont trop loin » et cassent l’élevage en brisant la vie de nos canaris, il faut le savoir !

Bref historique de l’évolution de l’alimentation domestique des oiseaux
Il existe bien peu d’êtres vivants capables de manger sec. Même le pain qui vous semble sec contient encore 5 à 10 % d’eau.
Les oiseaux n’échappent pas à la règle.
Par le passé, à l’époque des tout premiers canaris en captivité,  le taux de mortalité était effroyable. Quelles graines, quelle nourriture fallait-il offrir ? Les éleveurs se débrouillaient avec des graines glanées ici et là. Le choix énorme de graines sauvages l’emportait sur la spécialisation.

Il faut attendre la fin du XIXème siècle et surtout la fin de la première guerre mondiale pour voir apparaître chez des marchands les sacs de graines de colza, de tournesol et de navette. A la fin des années trente et surtout dès la clôture de la seconde guerre mondiale, le millet plat (alpiste) et le millet rond viennent s’ajouter aux graines proposées. Et il était temps car les graines vendues sont des graines grasses et l’oiseau a besoin aussi de sucres pour l’équilibre de son organisme.
Et pourtant, les éleveurs d’oiseaux indigènes éprouvent encore des difficultés. Une nourriture en protéines animales fournies par les insectes est nécessaire. De même, le manque de vitamines fait échouer bien des élevages.
L’exemple le plus frappant reste l’apparition du canari blanc récessif. Les premiers exemplaires étaient chétifs, vivaient peu de temps. Rapidement, on s’est aperçu que le manque de vitamines A surtout (bêta carotène) et de vitamines en général, en était la cause. On confectionna alors des pâtées avec un patron étudié de vitamines et de sels minéraux.

 

Recherche d’une alimentation équilibrée

Théo VAN de GAER va tenter une approche à partir du Pinson des arbres :

Saison

Nourriture principale

Richesse

Pourcentage
en eau

Hiver

Églantier
Faîne (fruit du hêtre)

Riches en sucres, graisses et protéines

30 %

Printemps

Graines germées (de diverses plantes)

Sucres et vitamines

60 %

Eté

Insectes : chenilles, araignées, géométridés dont la chenille du phalène

Beaucoup de protéines, peu de sucres

60 %

Automne

Graines, mûres,…

Sucres et moins de protéines

De 10 à 30 %

 
A la lecture du tableau, il est clair que le canari ne devrait pas subir toute l’année, le même mélange dans ses augets. Suivant les saisons et surtout suivant ses activités (repos, élevage, mue) les besoins ne sont guère identiques.
Or, que voyons-nous chez beaucoup trop d’éleveurs : le même mélange toute l’année !

Nous mangeons avec les yeux !
Et Théo de nous raconter une anecdote pour fixer les esprits. Un jour, à la côte, sa fille est prise d’une brusque fringale. La famille s’arrête à une terrasse et commande des spaghettis. L’assiette arrive avec des tons verdâtres et brunâtres inquiétants ; l’aspect si gourmand de la célébrité culinaire italienne est bien éloigné. Les spaghettis n’ont pas été mangés !

Des expériences ont été menées avec les canaris
Ceux-ci voient très bien les couleurs blanches et jaunes (la preuve dans la nature : par instinct, l’oiseau sait que les fleurs blanches et/ou jaunes sont bonnes pour la santé) ; ils voient moins le rouge et le noir et perçoit très mal le bleu. Les pâtées sont donc à dominante jaune et blanche.
De là, il est regrettable que la firme X ait fabriqué des pellets pour canaris à partir des pellets conçus pour les perroquets, à savoir les couleurs brunes, rouges et vertes ! Mais nous y reviendrons plus tard…

La granulométrie
Et puisque nous parlons de la pâtée, il y a une autre constatation. Les amateurs qui s’intéressent un peu aux gallinacés ont remarqué comme il est simple de nourrir les poules, les faisans, les cailles, etc. avec de la farine. Vous faites la même chose à un canari, il n’en voudra pas.
Donc, la granulométrie est importante. Il n’est pas question de citer les marques car notre conférencier ne veut pas se retrouver avec un procès sur les bras. Néanmoins, force est de constater que des paquets de pâtée contiennent des cendres, de la poussière et de la trop fine chapelure dans un pourcentage qui va parfois dans certaines marques jusqu’à 10-12 %. Donc, l’éleveur jette 10 % du contenu de son portefeuille à chaque achat ! C’est très regrettable.
Des producteurs ont réagi en fabriquant une pâtée mélangée à de l’huile pour éviter ce problème. Mais avec quelle huile et de quelle qualité ?
Du miel serait utilisé parfois mais de quelle qualité ou est-ce simplement un sirop ?

Le goût d’un aliment
L’oiseau n’est pas plus bête que nous, si vous lui donnez un morceau de pomme Granny Smith très acide et un morceau de pomme de Cox Orange très sucrée, il n’hésite pas, il picore la pomme sucrée.
De façon instinctive, l’oiseau se méfie de l’acide qui est synonyme de fruit ou de baie empoisonnée.
En ce qui concerne l’eau, j’entends dire toutes sortes de choses : il faut une eau en bouteille de telle marque (très chère), l’eau de robinet est excellente, …
En fait, une seule eau est bonne : l’eau de pluie ! (Observer les chiens, les chevaux et les chats, ils préfèrent de loin cette eau-là qui est douce). A condition qu’elle soit récoltée d’une manière propre. Une eau qui est passée par le toit et la corniche n’est plus potable. Et l’eau chlorée est détestable pour l’oiseau, elle diminue les effets bénéfiques des médicaments mais aussi des vitamines et des sels minéraux.

La concentration d’un produit
Il faut toujours respecter les doses conseillées. Trop d’éleveurs se disent : je devrais en mettre deux, ou plutôt trois cuillères, ça ira plus vite !
Cette course effrénée nous donnera des monstres, des oiseaux incapables de vivre plus de deux ou trois ans, le canari devient comme le blanc-bleu belge de sinistre réputation.                  

La graine germée
Vous parcourez dix auteurs d’ouvrages ornithologiques. Sur le chapitre de la graine germée, il y a beaucoup de chance que vous allez rencontrer dix durées différentes de trempage ! Il varie de 4 à 14 et même 16 heures ! Ce temps extrême n’est cité que par des fantaisistes qui n’ont jamais accompli le travail personnellement. Ils s’apercevraient que les graines « suffoquent », qu’elles sont « noyées ». Le temps ne peut que varier – très peu – suivant la sorte de graine.

Une expérience personnelle particulièrement révélatrice a été menée par Monsieur VAN de GAER (chimiste de métier) dans un laboratoire.
Il a placé dans l’eau 5 gr de navette à température ambiante de 20° C. pendant 4 heures. Les graines pesées sont devenues 12,7 gr ! Par absorption de l’eau et du début de la croissance de l’embryon et de la constitution d’un germe.
Ensuite 5 gr de navette à température ambiante de 20° C. pendant 12 heures. Les graines pesées sont toujours de 12,7 gr !
5 gr de navette ont ensuite été placés dans l’eau à 40° C. pendant 30 minutes avec le même résultat : 12,7 gr à l’arrivée.
Il ne sert donc à rien de laisser tremper les graines dans l’eau plus de 4 heures. Il ne sert à rien d’élever la température ambiante à plus de 20° C. Par contre, ne descendez pas plus bas que 18° C. dans la place où vous cultivez vos graines germées. La croissance s’en ressentira et vos graines ne seront pas bonnes. Mais dans tous les cas : rincez et rincez abondamment, vous ne le ferez jamais assez surtout lorsqu’il fait chaud !

La dureté et la sécheresse d’une graine
Une graine trop dure et/ou trop sèche et l’oiseau est placé devant une digestion manifestement plus lente. Pendant des années, on s’est demandé pour quelles raisons il était si difficile d’élever des Bouvreuils. Une des causes principales était la dureté des graines de nos mélanges commerciaux. Les jeunes captaient toute l’eau de leur corps pour digérer les graines et étaient véritablement déshydratés. On l’oublie trop souvent, dans la nature, les oiseaux ont à leur disposition des graines tendres à très tendres, presque germées ! Ce n’est qu’au cours de très durs hivers qu’ils ont recours aux graines plus dures.
 
La dominance
Voilà un autre problème que les éleveurs rencontrent dans leur élévage.

Dans les canaris comme dans toute société humaine et animale, des sujets sont dominants, indifférents ou dominés.
Les dominants mangent les meilleures graines : chanvre, niger et navette (graisse et protéines). Les indifférents mangent le colza (plus amer que la navette) et ce qui se présente. Enfin les dominés doivent se contenter de ce qui reste : le millet. Ce qui signifie qu’à partir de votre mélange de graines scientifique, équilibré, bien préparé, un déséquilibre complet peut se produire dans votre élevage. Plus le nombre d’oiseaux est élevé dans un espace donné, au pire les écarts peuvent être importants. En conséquence, un bon élevage ne se passe pas dans une volière même si l’espace est excellent pour la musculature.

A la recherche de la bonne pâtée
Après toutes ces considérations, nous pouvons aborder la composition d’une bonne pâtée.

Le plus important dans une pâtée est le facteur porteur, la colonne vertébrale de votre composition.

Que nous offre le marché ?
Le pain, la semoule de blé (couscous), le riz, la semoule de maïs (polenta – mais, attention : le maïs est un colorant = ne pas donner à certains canaris de couleurs) et le dernier venu : le Rusk qui gonfle d’une façon remarquable.

Malheureusement, tout cela présente un patron de glucides à 80-85 % et seulement 7 à 9 % de protéines ! Il faut donc ajouter des compléments protéinés. Et pas n’importe quelle protéine : il faut qu’elle soit de provenance animale car la protéine végétale n’est pas assez riche et incomplète. Or, les pâtées commerciales ne contiennent que de la protéine végétale qui coûte beaucoup moins cher.

Des protéines animales existent dans le commerce en pharmacie, en parapharmacie et dans les articles de sport ! Elles sont chères et très difficiles à doser ! Or, une erreur peut se payer cash !

Dans la distribution « normale », l’éleveur trouve à sa disposition du fromage blanc cru, des œufs, de la viande (cœur de bœuf ou de porc – à cuire bien entendu), du poisson (œufs de cabillaud – devenus très chers… et bonjour l’odeur !) et des insectes (le ver de farine est indigeste pour les canaris).

Pour les vitamines, une marque de pâtée excellente est suffisante si elle présente un bon rapport de vitamines, sels minéraux, acides aminés, oligo-éléments. Mais attention beaucoup de pâtées présentent des quantités exagérées de vitamines.
Vous avez également les pellets. Malheureusement, les seuls pellets de couleur jaune sont fabriqués aux Etats-Unis et c’est compliqué pour s’en procurer.

Le schéma conseillé pour composer sa pâtée est donc le suivant :

N° 1

2 volumes d’eau

1 volume de Rusk

Fromage ou œufs ou poisson ou viande ou insectes

N° 2

1 volume d’eau

1 volume de couscous

 

N° 3

1 volume d’une excellente pâtée ou de pellets

 

 

L’ensemble 1-2-3 est mélangé et offert aux oiseaux.

Quant aux protéines, avec le mélange proposé, elles ne dépassent pas 12 à 15 %, c’est d’accord mais c’est un pourcentage certain et de stricte qualité !

Beaucoup de spectateurs se sont demandés la raison d’être du « mélange » n° 2. Le conférencier nous dit se méfier des quantités exagérées de certaines vitamines dans les pâtées industrielles et notamment la vitamine A. Il en faut, c’est évident mais l’expérience a montré qu’à partir de 8.000 U.I., l’oiseau reçoit largement pour vivre normalement et que 11.000 U.I. sont amplement suffisantes pour l’élevage. Or, sur le marché, on trouve des pâtées de 12.000, 19.500, 25.000 et même 50.000 U.I. !
Le foie des oiseaux est inapte à supporter de telles quantités ou alors la vitamine A choisie est de piètre qualité !

Malheureusement, il est déjà midi et notre ami Théo a dû accélérer les dernières données du chapitre final. Mais, c’est promis, nous lui demanderons de revenir. Surtout qu’après un tel récital, nos pauvres spectateurs sont morts de faim et sont pressés d’aller manger la pâtée de Madame.