Conférence du 04 mars 2008

Par le Mr VANDEGAER Théo, juge A.O.B. & C.O.M.

Introduction La première fois que Monsieur VAN de GAER est venu nous présenter une conférence, les plus fidèles de nos membres se souviennent d’un exposé particulièrement fouillé, intelligent et clair pour les éleveurs que nous sommes. Nos amis du Club Liégeois de Canaris de Couleurs n’avaient pas choisi n’importe qui pour leurs animations, nous en voilà témoins !
Plus de trente années d’élevage ont aidé Monsieur VAN de GAER à se forger une opinion sur bien des problèmes. En laissant un œil par ci et une oreille par là, il a engrangé des nouvelles de tous azimuts. Dans un second temps, il n’a pas eu peur de procéder à des essais pour tirer le meilleur des renseignements recueillis.
Ses nombreuses médailles d’Or, notamment à Geel et aux Championnats Mondiaux de la C.O.M. sont là pour prouver si besoin était qu’il sait de quoi il parle !

Un problème majeur rencontré par les éleveurs restera toujours le second tour d’élevage. Il est rare de rencontrer de meilleurs résultats au second tour lorsque le premier tour a déjà été bien réussi.

Cette année qui pourtant, n’a pas connu d’hiver, les cigognes et les grues sont déjà présentes avec seulement 48 heures d’avance par rapport à l’année dernière.
En fait, quel que soit l’hiver que nous traversons, le résultat est toujours le même, dès que la durée du jour s’allonge, les animaux, les oiseaux s’animent en vue de l’élevage.. Pratiquement, il n’y a que l’humain qui, parmi les animaux que portent la Terre, se reproduit tout l’année.

En dehors de toutes les autres considérations qui ont leur importance : logement, alimentation, température, etc. il ne fait aucun doute que la durée de luminosité est le facteur le plus important. La lumière agit sur les glandes sexuelles des oiseaux et éveillent l’instinct de la reproduction.

La plupart des bons éleveurs sont d’accord sur l’obligation de disposer d’au moins 13 heures de lumière effective (donc, il faut ajouter les temps de lever et de coucher du soleil).
Donc, aujourd’hui 4 mars avec un lever à 7.19 et un coucher à 18.30, nous avons exactement 11 heures et 11 minutes de clarté. Ce n’est pas assez et pourtant, certains éleveurs ont accouplé !

La lumière artificielle vient au secours des amateurs pressés. Et il s’agit d’y aller progressivement par petits coups de quinze minutes. Il ne faut pas plonger les oiseaux du jour au lendemain dans une journée de 15 heures ! La lumière artificielle peut toujours se dérégler : chaque année, des cas de locaux qui s’éclairent à trois heures du matin sont cités !

Mais, pourquoi ces gens sont-ils aussi impatients de commencer ?
Trois raisons primordiales :

  1. Les vacances ! Il faut avoir fini l’élevage pour pouvoir partir en juillet ou en août ;
  2. Les clubs qui organisent des expositions de plus en plus tôt dans l’année (trop d’expositions !) ;
  3. Les bagues qui sont commandées de plus en plus tôt.

Ce que l’éleveur oublie est le fait qu’il raccourcit la période d’élevage qui n’est déjà que de 4 à 5 mois. L’oiseau se retrouve donc en mue plus tôt que d’habitude et cette mue va traîner longtemps. C’est préjudiciable pour l’oiseau !
Pour qu’un oiseau mue bien, il faut absolument que les jours raccourcissent ! La seule solution pour l’éleveur précoce devient l’obligation de rendre son local plus frais et plus sombre par l’adjonction de rideaux, tentures, etc.

Savez-vous qu’élever tôt n’est pas l’idéal pour le canari mosaïque ? Un mosaïque qui naît trop tôt ne vaut plus rien pour les expositions à partir du 15-20 octobre ! C’est regrettable !

Avec l’élevage naturel, la date pivot du commencement est souvent le 15 mars. D’accord, le temps de luminosité est encore bas mais les signes avant-coureurs ne sont pas trompeurs.
D’autre part, souvenez-vous toujours que les mâles ont besoin de 4 à 5 semaines de préparation par la lumière et les femelles peuvent être prêtes en 2 semaines. Etant entendu que les deux sexes auront reçu une excellente et adéquate nourriture.
Méfiez-vous, il n’y a pas que chez les mâles que l’on trouve des dominants, il arrive de rencontrer des femelles autoritaires qui empêchent les autres femelles de manger. N’hésitez pas à isoler vos femelles à la moindre alerte.

Monsieur Théo VAN de GAER s’en tient à un principe immuable : « Il faut respecter la nature ! »
Notre ami a très bien connu le milieu de l’élevage des cailles. Et là comme dans beaucoup de domaines, des éleveurs ont forcé la nature. Après quelques années à ce régime, plus rien n’allait dans les élevages. Œufs non fécondés, femelles qui abandonnent les œufs ou les jeunes, bagarres dans les couples, mues intempestives, etc. On a repris tout à zéro et la nature a repris ses droits sans aucun problème.

Une deuxième grosse question qui divise les éleveurs : faut-il élever en couple ou doit-on enlever le mâle ?

D’abord, contrairement à une idée populaire, rappelons que le mâle qui chante ne le fait pas uniquement pour attirer la femelle mais d’abord pour marquer son territoire et prévenir les ennemis potentiels de sa présence forte et inébranlable. D’ailleurs, un mâle ne féconde pas pendant qu’il chante mais plutôt… juste après !
Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Car un bon mâle doit chanter, doit dominer, doit conquérir son entourage.

Théo part du principe que, comme chez les humains, où la femme est patronne dans sa cuisine, la femelle canari est maîtresse de sa cage. Il faut reconnaître que c’est elle qui fait tout le travail. Dans la nature, le mâle a beaucoup de travail à chasser les intrus et à surveiller les environs mais en cage, il n’a rien à faire ! La femelle est donc installée la première. En accouplant vers le 15-21 mars, la femelle sera placée dans sa cage définitive de deux à trois semaines à l’avance, ce qui nous donne : entre le 22 février et le 1er mars ou entre le 1er mars et le 8 mars.
Vous installez le nid et des matériaux. Dès que la femelle se déplace avec des matériaux dans le bec, il est temps d’introduite le mâle. Donc, tout dépend de l’état d’avancement de la femelle et non pas du mâle !

Mais pas à n’importe quel moment ! Une heure avant le coucher du soleil (ou avant l’extinction de la lumière artificielle) est le bon instant. C’est important de le souligner car comme chez les humains, certains ne se comprennent pas ! Et c’est parfois la bagarre… Imaginez un instant si avec mes soixante ans, je devais habiter avec une fille de dix-huit printemps, ce serait la catastrophe ! En plaçant le mâle avant le coucher, il commence à faire plus sombre, les oiseaux se taisent et bientôt, ils dorment. Le lendemain matin, si c’est la bagarre, enlevez le mâle et recommencez l’opération le soir. L’expérience m’a appris que ce n’est pas parce qu’il y a mésentente que les œufs ne sont pas fécondés ! Petits cris de la femelle, le mâle chante, dix à quinze secondes se sont écoulées et c’est fait !
Dès le deuxième œuf pondu, le mâle n’est plus présenté ou est retiré.

Elevage par le couple
Dans le cas où le mâle reste avec la femelle, il est clair que voir évoluer un bon couple, c’est un beau spectacle. Les œufs sont bien au chaud, les jeunes seront encore mieux nourris. Mais, reconnaissons-le, messieurs, comme les mâles humains, les canaris peuvent être emmerdants ! Et un mâle peut aimer plusieurs femelles… comme certains hommes lorsqu’ils sont jeunes !
Le problème est que lorsque la femelle a pondu, elle ne veut plus le mâle. Et parfois, nous retrouvons même des œufs cassés.

Un autre problème qui n’est pas souvent noté dans les livres est le comportement des jeunes femelles de l’année. Tout comme chez les humains, une jeune femelle est attirée par tous les mâles ! Dans les gros élevages, on a pu noter que 5 % des jeunes femelles abandonnent le nid parce qu’elles voient ou qu’elles entendent un mâle qui leur plaît !

L’autre problème est le nourrissage. Lorsque le mâle est présent et que c’est un bon mâle comme disent les éleveurs, il nourrit les jeunes. Très bien MAIS une femelle qui constate cela peut très bien quitter difficilement son nid car après tout, pourquoi se fatiguer lorsque le mâle fait tout le travail ! En plus, en prenant constamment de la pâtée, le mâle en ingurgite évidemment et il grossit ! Il risque de féconder moins bien au second tour !
Les jeunes qui se retrouvent par terre lorsque vous allez voir vos oiseaux, dans pratiquement tous les cas, c’est le mâle ! Il en a marre de voir la femelle s’occuper de ses jeunes et ne plus faire attention à lui ! Il a bien envie de la cocher à nouveau. Bref, encore un comportement retrouvé chez les humains !

Elevage par la femelle seule
Dans l’autre cas où la femelle doit se débrouiller seule, elle n’a pas à subir tous les problèmes évoqués ci-devant mais un autre peut subvenir. C’est la situation où elle se retrouve avec cinq ou six jeunes, c’est très dur pour elle. Quatre jeunes, c’est mieux mais encore difficile. L’idéal est trois jeunes. C’est à l’éleveur à répartir les oisillons.
Le seul problème est de voir le mâle se battre à nouveau avec la femelle lorsqu’il est réintroduit dans la cage. C’est à l’éleveur de surveiller.

Lorsque les jeunes ont vingt-et-un jours, c’est souvent à ce moment que maman et papa refont des galipettes. Il faut un second nid mais malheureusement, les jeunes aiment suivre leur mère ne serait-ce que pour être certain d’être nourris mais aussi pour garder cette chaleur bienfaisante. Bonjour les œufs sales et les œufs cassés !
Le mâle, de son côté, voudrait voir ces jeunes énergumènes disparaître de la cage et parfois, il les attaque. Soyez certain que c’est toujours un jeune mâle qu’il attaquera alors que vous ne pouvez pas encore les reconnaître ! Les jeunes sont parfois déplumés et les cicatrices sont difficiles à se refermer. Pour les expositions, ce n’est pas ce qu’il faut !
Et voilà quelques causes à cette fameuse seconde tournée souvent ratée !

 

Voilà pourquoi notre ami Théo VAN de GAER a adopté l’idée d’un éleveur de Vilvorde : la cage de sevrage.

KEKSEKSA ?

Important : Pour utiliser ce type de cage, il faut absolument que la femelle soit seule depuis le début de l’élevage ou que le mâle ait été retiré avant le 12ème jour de vie des oisillons sinon la femelle va repondre dès le 22ème jour !

Description de la cage :
Modèle présenté : 100 x 50 l x 40 ht avec pied de 5 cm.
A l’exception de la façade principale qui est une devanture normale métallique munie de portes, un treillis en nylon est placé sur les autres faces, y compris sur le fond. Ce treillis se trouve chez plusieurs grainetiers et même certains magasins de bricolage. Le premier à en vendre et à en présenter de différents modèles fut VANTENDELOO-MULDERS à Nijlen, autoroute d’Anvers, sortie 20. Ce treillis abîme beaucoup moins les oiseaux, surtout les queues. Le té en bois de 10 cm de  base et 5 cm de haut offre la même garantie de ne pas abîmer les queues et empêche les femelles de piquer les jeunes. La paroi de séparation est en treillis vison pour permettre aux femelles de nourrir facilement les jeunes. Elle est inclinée à 45° pour empêcher les jeunes de s’y accrocher et d’abîmer leur plumage. Les femelles prennent place dans le côté A et les jeunes dans le côté B .Ils seront donc TOUJOURS placés du côté de l’inclinaison (côté B). Le fond est amovible (le treillis est fixé à un cadre simplement coincé dans le périmètre du fond de la cage) afin de permettre un nettoyage aisé. Cette solution a été choisie car le sable retient les microbes et les oisillons en seront remplis et le papier, c’est sale avec des jeunes qui salissent partout.
Des perches seront placées, pour les jeunes, prévoyez une première perche à 5cm du fond.
 
18 jours après sa naissance, le jeune oisillon est déjà beau et bien développé et il est bagué. Il va dans la cage spéciale décrite ci-dessus. La mère va de l’autre côté. Il ne doit pas y aller seul, il faut espérer que vous avez d’autres jeunes du même âge. Les jeunes oiseaux vont en effet, s’entraîner l’un l’autre pour aller manger. Cette cage doit être suffisante pour accueillir au moins les résultats de 15 cages d’élevage. Ils vont rester là de 18 à 25 jours d’existence.

Ne vous étonnez pas que les premiers moments, ils soient l’un sur l’autre et hésitent beaucoup. Après une à deux heures, un premier jeune va s’approcher de sa mère à l’autre côté qui va lui donner la becquée. Très rapidement, vous allez voir les autres se précipiter pour obtenir leur pitance. Il arrive très souvent que des femelles nourrissent les jeunes qui ne sont les leurs.
Théo garde les jeunes ainsi jusqu’à 28 jours parfois 30 jours pour les mosaïques à yeux rouges par exemple.

On profitera de l’absence de la femelle et de ses jeunes pour nettoyer convenablement la cage d’élevage.

A la question de savoir si la femelle n’est pas tentée de recommencer à pondre, Théo prétend qu’elle ne repond pas tant que le mâle n’est pas là et des matériaux de nid à sa portée…

Il lui est arrivé de placer 35 jeunes d’un côté et 10 femelles de l’autre.

Avec l’expérience, Théo s’est rendu compte que le nec plus ultra pour nourrir est de voir 5 à 6 femelles dans la partie A. Il na jamais perdu un seul jeune par cette méthode. Ils sont très bien nourris et sont indépendants plus rapidement. L’expérience a également montré que la différence d’âge entre les jeunes placés dans cette cage  ne doit pas être supérieure à 5 jours.

Pour les amateurs de Lizards, il faut noter que l’absence totale de picage est un plus qui mérite d’être retenu !