Conférence du dimanche 05 février 2008

Par le Dr Vétérinaire Mr VOSTERMANS Guus

Introduction Les docteurs en médecine vétérinaire s’y connaissant en ornithologie forment un ensemble bien maigre dans le monde scientifique européen. Pour accueillir l’un deux, soixante-sept personnes – donc, la présence des grands jours – étaient présentes en notre salle habituelle. De nombreuses activités organisées tout le long du week-end nous obligeaient à supprimer les tables.
Monsieur G. VOSTERMANS et sa charmante épouse, puisqu’il s’agit bien de ce célèbre vétérinaire trudonnaire, nous faisait le plaisir d’avoir accepté notre invitation et de s’adresser en français.

Trois points importants à ne pas négliger : LOGEMENT - NOURRITURE - COUPLES

1) LOGEMENT :
Loger des oiseaux sur trop peu d’espace est une cause de danger. Le volume d’air respirable doit rester proportionnel car les microbes s’installeront plus facilement dans un espace confiné.

Le sable dans le fonds de cages est absolument à éviter. Il retient les microbes, donc en été, avec la poussière, la vermine vole et avec le contact de l’eau, elle se multiplie ! De très loin, M. VOSTERMANS préfère les oiseaux sur grille (celle-ci est placée sur le tiroir à 4-5 cm du fond – les pattes ne sont pas en contact avec les excréments). A la rigueur, le papier journal renouvelé chaque jour peut être utilisé. Dans la volière que notre vétérinaire préfère pour le développement harmonieux de l’oiseau, les mangeoires devront toujours être placées sur des grilles afin que les canaris ne puissent pas atteindre des graines souillées.

HYGIÈNE :
C’est le point le plus important. Tout un élevage dépend de votre propreté. Le matériel utilisé pour la confection des cages sera toujours de qualité sans présenter des fissures. Les cages en bois seront peintes car la peinture a le mérite de remplir les interstices.

Les perches seront toujours propres puisqu’elles constituent le premier contact de l’oiseau avec les pattes et le bec que le canari frotte volontiers. Cependant, soyez prudent avec l’utilisation du Dettol. Ne jamais l’utiliser pur comme certains amateurs pratiquent (irritations au bec). Observez le mode d’emploi. Une balançoire dans une cage ou dans une volière est excellente pour la formation musculaire et la bonne tenue d’un oiseau en cage d’exposition.

Océpou agit pendant 3 mois, Ardap pendant 6 semaines, Pistal et Parasitec sont OK avec précautions à prendre et qui sont renseignées dans le mode d’emploi, U3 est toxique, ne pas utiliser ce dernier pour les petits oiseaux (canaris). L’eau de Javel est excellente mais n’oubliez jamais de rincer, les oiseaux ne sont pas des chiens, des chats ou des chevaux insensibles à cet acide.

Le matériel pour les nids, le mieux adapté reste le sisal etle coton.

Attention aux souris : quand on les voit, dites-vous bien qu’il est déjà trop tard ! Elles ont déposé leur urine et leurs microbes partout dans le local. En plus, elles dérangent les femelles qui couvent… Bref, il s’agit de toujours bien boucher tous les orifices.

Il faut toujours respecter la quarantaine avec des oiseaux provenant d’un autre élevage.

Le sable comme fond de cage doit être exclu à cause de la poussière qu’il dégage et qui s’introduit dans les voies respiratoires en compagnie des microbes issus des déjections et déchets divers des oiseaux. En plus, la combinaison eau + sable augmente la reproduction des coccidies et des salmonelles. Les journaux à changer chaque jour sont intéressants. Mais les granulés de litière dits « anti-coccidien », en fait dotés d’un pouvoir absorbant hors du commun, sont la meilleure solution sur le marché actuel.

LUMIÈRE :
L’important est d’arriver à plus ou moins douze heures de jour. Il s’agit d’y arriver en augmentant de quinze minutes par semaine.
Avec un écart plus important et plus brutal, vous risquez tout simplement les œufs clairs !
Efforcez-vous de maintenir 18° de température constante pendant les accouplements.
N’ayez jamais peur de continuer à donner des bains même si les femelles couvent car trop peu d'humidité est néfaste pour le développement du poussin dans les œufs.

VENTILATION :
Maximaliser l'apport d'oxygène dans la pièce d'élevage; une cheminée est idéale pour assurer l'évacuation de l'air vicié pour que l'air soit renouvelé dans tout l'espace. Schémas donné à l’appui
L'apport d'un ionisateur est très important pour M. VORSTERMANS…bien que l’expérience soit plutôt ratée… (NDLR : nous y reviendrons dans un prochain numéro)

2) NOURRITURE :
Trop souvent négligé dans les élevages, un grit de qualité doit être servi. Le grit, ce n’est pas du sable ! Ce sont des petites pierres, des petits cailloux, des morceaux de coquilles d’huîtres, de coquillages, de briques (argile) qui broient la nourriture dans le gésier. Le canari est domestiqué depuis des siècles et l’amateur a remplacé ce que l’oiseau trouve dans la nature par la pâtée. Celle-ci doit être donnée dans la proportion de 1 gr pour 4 gr de graines offertes.
Les oiseaux recevront aussi des vitamines car avec les nutriments que nous leur offrons, des déficits peuvent apparaître surtout en ce qui concerne la vitamine A. Les minéraux sont importants puisqu’ils complètent les vitamines. A ce sujet, les graines offrent une pénurie de calcium qu’il convient de combler. Le produit FertiVit de chez Orlux est très intéressant.

Le Docteur VOSTERMANS préconise le mélange suivant qui présente un patron glucides/protides/lipides intéressant :

Graines Pourcentage Répartition
Millet plat (alpiste)
70
90 %
Navette
20
Niger
2
10 %
Avoine pelée
2
Chanvre
2
Lin
2
Oeillette
1
Herbes (pelouse)
1
TOTAL
100
100 %

Les graines germées seront limitées par un usage exclusif dans la pâtée. Mal utilisées, et même si leur utilisation est très intéressante, elles constituent un danger par les micros moisissures qu’elles peuvent véhiculer. La bonne graine germée doit être de première qualité, elle ne peut être conçue que dans un local adéquat avec source de chaleur et toujours bien rincée.

EAU DE BOISSON : Toujours fraîche, changée chaque jour et même deux fois lors de fortes chaleurs.

La verdure est déconseillée par M. VORSTERMANS. Dans la nature, l’oiseau ne mange pas de la verdure : laitue, chicon, épinard, etc. Il y a beaucoup trop d’eau dans ces nutriments !

Les acides aminés ont toute leur importance puisque dans le foie, ils transforment la nourriture en protéines, hydrates de carbones (sucres glucides) et graisses (lipides). Certains acides aminés sont fabriqués par le corps, d’autres doivent être fournis par la nourriture.

Jamais de lactose aux canaris, ils ne digèrent pas les produits laitiers ! Donc, pas de poudre de lait pour premier âge, du lait sur le pain sec, etc.

VITAMINES :
Vitamine A : la plus importante pour la reproduction, la formation des œufs et la croissance des jeunes.  (Fortivet de Orlux est très intéressant) ;
Vitamine E : c’est une vitamine mal connue car une légende qui a la peau dure continue à être galvaudée : elle N’est PAS la vitamine de la reproduction proprement dite. En fait, elle possède un puissant pouvoir antioxydant et par cette capacité, elle conserve et prolonge la vie des autres vitamines et surtout de la vitamine A.
Vitamine K : la vitamine du sang, elle aide celui-ci à absorber les nutriments utiles à la vie de l’oiseau. Mais attention, elle est résorbée par le charbon de bois. N’oubliez pas de faire une cure de vitamine K après un traitement à l’ESB3.
Vitamine B : il en existe plusieurs = B2, B6, B8 et B12. Cette dernière est très chère à la production. Donc, en général, les produits vitaminés bon marchés présentent la B12 en petite quantité. Lisez bien les étiquettes avant d’acheter.
Vitamine C : l’oiseau la fabrique lui-même…à condition d’être en bonne santé. En plus de ses qualités connues de tous, elle dégage un pouvoir antioxydant très intéressant.
Vitamine D : et particulièrement sans la D3, il est impossible de fixer le Calcium dans les os d’où toute son importance pour les jeunes oisillons.
Vitamine H : elle est la vitamine des plumes, elle sera réservée surtout à la mue.

Il est à noter qu’un bon complexe vitaminé pour l’élevage sera toujours composé principalement de la combinaison A – D3 et E  + la famille complète des vitamines B avec une bonne proportion de B12. De préférence, les vitamines seront données dans la pâtée. Dans l’eau, leur pouvoir s’estompe très vite (oxydation par l’eau, par la lumière et par l’air).
Pendant les saisons calmes : deux à trois fois la semaine, un complexe vitaminé avec surtout les vitamines A et E. Certains auteurs préconisent la vitamine H à la mue. Le docteur insiste sur le fait que les oiseaux en bonne santé pendant l’année passent toujours une bonne mue sans aide extérieure quelconque.

UN MOT SUR LA PÂTÉE : M. VORSTERMANS constate qu’il y a une bonne soixantaine de personnes présentes, il veut bien tenir le pari de demander à chacun sa recette de pâtée… il y en aura soixante différentes !!! Le rusk, le couscous, … c’est inutile, cela allonge les pâtées et le taux de glucides (sucres) augmente encore au détriment des précieuses protéines ! Une bonne pâtée, c’est tout simple : 1 œuf + 3 biscottes + un complexe vitaminé. Et l’oiseau a ce qu’il lui faut !
L’œuf est le principal ingrédient. Il est à l’origine de la vie. C’est donc inutile d’aller chercher plus loin, vous avez avec l’œuf une source magnifique de protéines.

Le pollen offert aux canaris est une belle solution à condition qu’il soit humidifié par le contact avec la pâtée. Les expériences ont montré que du pollen sec qui transite dans le système digestif sort tel qu’il est entré !                                                                                    

La mode a donné de l’importance au vinaigre de pomme. Ce n’est pas mauvais de donner un acidifiant de temps à autre qui fera monter le taux d’acidité dans les voies digestives.
Mais si on veut améliorer ce taux d’acidité, il existe la solution de l’Esprit de sel à 10%. Il sert surtout lorsque l’éleveur constate le fameux point noir au ventre de l’oiseau. Il est plus actif que le vinaigre de pomme en améliorant la digestion au niveau de l’estomac, du foie et des intestins : 2 millilitres par litre d'eau 2 X par semaine en préventif. En curatif, on traite jusqu’au moment où l’oiseau recouvre un ventre normal.
Il existe une alternative : le Biodigest.

3) LES COUPLES :
Ils doivent impérativement être en bonne santé pour commencer un élevage. Il est primordial d’éviter la parenté trop proche, au plus la consanguinité est serrée et plus les ennuis commenceront dans votre élevage. La recherche d’un excellent standard dans un élevage est malheureusement contraire à toutes les lois de la nature !!!

Le docteur VORSTERMANS s’est aperçu que beaucoup d’éleveurs ne connaissaient pas une anecdote qui peut avoir son importance : le jour de l'éclosion, ne pas donner de pâtée car le vitellus (jaune d'œuf) n'est pas tout à fait résorbé.
Une théorie qui manque encore d’éclaircissement tendrait à prouver que la fameuse tache noire de tout à l’heure est due à des jeunes qui n’avaient pas résorbé tout le vitellus à la naissance. Il serait alors primordial de donner à l’oisillon une substance qui permette une digestion rapide.
Après 15 jours, augmenter la quantité de graines pour les jeunes et offrir une certaine proportion broyée.
Au sevrage, toujours donner de la pâtée à volonté.

Pourquoi les œufs clairs ? Plusieurs raisons : le couple, le mâle ou la femelle ne sont pas en condition ; la mue précédente n’a pas été bonne ou la mue a repris pour une raison quelconque ;  un ongle resté trop long a percé une coquille ; un ou des perchoirs bougent ; les pattes sont sales et/ou infectées ; un manque de lumière dans le local ; pour une raison quelconque, des coquilles sont fendillées ; un manque de vitamines ; les poux rouges ; certains médicaments.

Pourquoi des jeunes sont-ils faibles ? Quelques raisons : trop de jeunes à une même femelle ; le mâle est gênant au lieu d’aider la femelle ; les poux rouges ; certaines maladies ; trop de pâtée ; …

Fin juin, il faut toujours arrêter l'élevage car les jeunes tardifs, une femelle qui traîne dans l’élevage, ce n’est pas bon.

Durant la mue, il faut toujours offrir des graines et de la pâtée à volonté.

Par contre le docteur ne veut pas entendre parler des probiotiques, où restent les preuves ? Nous assène-t-il !

Le fameux blanchiment n’emporte pas son avis car cela ressemble à la personne qui placerait un plâtre à l’avance en partant aux sports d’hiver. Ou encore prendre  une aspirine parce qu’on aura certainement mal à la tête ! En plus, comment deviner que le médicament donné correspond réellement à une maladie pas identifiée !

CONCLUSION : quand on pense au peu d’heures de cours qu’un vétérinaire reçoit de la faculté pendant ses études au sujet des oiseaux, le mérite du Docteur VORSTERMANS est encore plus appréciable d’avoir poursuivi autant de recherches pour nous aider dans nos élevages. Nous ne pouvons que remercier Monsieur le Docteur et Madame pour la conférence mais aussi pour le soutien apporté aux amateurs.